La généalogie des dieux grecs: voyage au coeur de la mythologie

La mythologie grecque comme romaine est peuplée de divinités aux histoires entrelacées. Elle est complexe, riche en récits épiques et en liens familiaux compliqués (c’est le moins qu’on puisse dire !). Pour comprendre cette généalogie, il est essentiel de se plonger dans les légendes et les récits anciens qui ont façonné la culture grecque. Plusieurs versions et hypothèses ont été écrites quant à l’origine et l’histoire de ces dieux ou demi-dieux, mais voici la filiation habituellement admise. Pour certains les noms des dieux romains équivalents sont entre parenthèse.

Les Primordiaux et les Titans

Au commencement il y avait le chaos. De ce chaos émergèrent Gaïa (la Terre) et Ouranos (le Ciel). Ensemble ils engendrèrent les Titans, des divinités puissantes. Parmi les Titans les plus célèbres, on trouve Cronos (Saturne) et Rhéa (Cybèle). Cronos (Saturne) redoutant une prophétie selon laquelle il serait détrôné par l’un de ses enfants (ou suivant les versions pour tenir la promesse faite à son frère aîné), dévora chacun d’entre eux à leur naissance. Cependant Rhéa (Cybèle), son épouse et soeur, sauva le dernier-né, Zeus (Jupiter), en le remplaçant par une pierre emmaillotée.

La dynastie olympienne

Zeus (Jupiter), une fois adulte contraignit Cronos (Saturne), son père, à régurgiter ses frères et sœurs, Hestia (Vesta), Déméter (Cérès), Hadès (Pluton), Poséidon (Neptune) et Héra (Junon). Ces dieux connus sous le nom de dieux olympiens, renversèrent les Titans et prirent le contrôle de l’univers.

Zeus (Jupiter) était le roi des dieux, le maître du ciel et de orages. Il épousa sa sœur Héra (Junon) qui devint donc la reine des dieux et la protectrice du mariage et des femmes. Zeus (Jupiter) eut néanmoins de nombreuses liaisons (y compris avec son autre sœur Déméter (Cérès)), liaisons dont furent issus plusieurs enfants.

Poséidon (Neptune) devint le dieu des eaux et des mers tandis Hadès (Pluton) régna sur les enfers et le monde souterrain. Hestia (Vesta) était la déesse du foyer et du feu sacré et Déméter (Cérès) la déesse de l’agriculture et de la fertilité, jouant un rôle crucial dans le cycle des saisons.

Poséidon-Port de Copenhague

Les enfants des olympiens

Les dieux olympiens eurent de nombreux enfants, parfois avec des mortels, ce qui créa aussi une lignée de demi-dieux et de héros légendaires.

Arès (Mars), le dieu de la guerre fut l’un des dieux les plus redouté par les Grecs car agressif et avide de conquête tandis qu’il fut vénéré par les Romains , symbolisant la puissance militaire de Rome. Son frère Héphaïstos (Vulcain), le dieu du feu et des volcans, patron des forgerons, épousa Aphrodite (Vénus), la déesse de l’amour et de la beauté, née de la mer (Mare) après que Cronos (Saturne) eut tranché les organes génitaux d’Ouranos et les eut jetés dans l’océan. Mais d’autres versions existent quant à l’origine d’Aphrodite (Vénus). Eros (Cupidon), le dieu de l’Amour, fut le fruit d’une liaison entre Aphrodite (Vénus) et Arès (Mars).

Athéna (Minerve) la déesse de la sagesse et de la guerre stratégique, naquit pleinement armée au front de Zeus (Jupiter),  après qu’il eut avalé Métis, une déesse de la ruse et de la prudence.

Les divinités secondaires et les Héros

Outre les dieux principaux, la mythologie grecque comprend de nombreuses divinités mineures et héros. Hermès (Mercure), le messager des dieux et dieu du commerce et des voleurs, était un autre fils de Zeus (Jupiter) et de Maïa , une pléiade.

Les demi-dieux et héros comme Héraclès (Hercule), fils de Zeus (Jupiter) et de Alcmène une mortelle, jouaient également un rôle crucial dans la mythologie. Héraclès (Hercule) connu pour ses douze travaux est l’un des héros les plus célèbres des mythologies grecques et romaines.

Conclusion

La généalogie des dieux grecs est un réseau complexe de relations familiales , ici résumé à l’essentiel, et de récits mythologiques avec des versions parfois un peu différentes.  Chaque dieu et déesse a une histoire unique et une place particulière et ces récits reflètent les valeurs et croyances de la Grèce antique. La mythologie grecque à travers ses dieux et ses légendes continue de captiver offrant un aperçu fascinant des racines culturelles et spirituelles de l’une des plus grandes civilisations de l’histoire. Les mythologies grecques et romaines sont largement similaires avec néanmoins quelques différences dans la personnalité de certains dieux et quelques spécificités comme Janus, avec son double visage, dieu des portes, du passage et du commencement qui n’existe que dans la mythologie romaine.

Sources: photo bannière sur trvlr.fr; photo Neptune dans le port de Copenhague Hans Andersen

Une base de données généalogiques unique: l’Íslendingabók

Ficher généalogiquement tous les habitants d’un pays, impossible ? Pourtant l’Íslendingabók l’a fait !

Historique

C’est Friðrik Skúlason un informaticien féru de généalogie qui en 1988 commence à créer une base de données sur la généalogie islandaise. Il enregistre donc toutes les informations disponibles.  En 1997 est signé un accord avec la société de biotechnologies deCode Genetics pour une accélération de la construction de cette base de données et son utilisation pour l’étude des maladies génétiques en partenariat avec les laboratoires Roche. Une licence exclusive est même signée avec le gouvernement islandais pour l’exploitation des archives médicales de la population conservées depuis 1915. Des protestations s’élevant, la Cour suprême d’Islande a fini par casser ce contrat entre deCode Genetics et les archives médicales nationales. La base de données généalogiques continue néanmoins de s’enrichir et en 2003 la base de données devient accessible gratuitement pour tous les Islandais. En seulement un mois, 1/3 des Islandais demandent un accès à l’Íslandingabók, nom de cette base dont la traduction est « le livre des Islandais » qui fait référence au livre écrit au XIIe siècle par Ari  Þorgilsson sur les débuts de l’histoire de l’Islande.

Qu’y a-t-il dans cette base ?

Le plus incroyable est que cette base de données généalogiques remonterait à la première colonisation de l’Islande vers l’an 900. Il semble que les Islandais s’intéressent depuis longtemps à la généalogie et ont conservé de nombreuses traces et documents un peu comme pour nos lignées nobles. Les sources sont variées comme les recensements, registres paroissiaux, registre national, information des utilisateurs eux-mêmes…

La moitié de la population islandaise ayant vécu depuis le IXe siècle y serait répertoriée et 95% de celle ayant vécu à partir de 1703! Quant aux Islandais nés au XXe et XXIe siècles, la couverture est de 100% !

Pour chaque individu de la base, sont compilées les informations sur les parents, la fratrie, les conjoints et les enfants avec dates et lieux de naissance et décès.

Mais cette base est-elle vraiment fiable ? Des études scientifiques génétiques suggèrent que les lignées maternelles de la base sont précises à 99.3% tandis que le taux de fausse paternité serait de 1.49% par génération.

A quoi cela sert ?

Pour avoir accès à cette base il faut disposer d’un numéro national d’identité islandais. Chaque personne a accès aux informations concernant tous ses ancêtres, aux descendants de ses arrière-grands-parents et les données de toutes les personnes avant 1700. Il est possible de traquer une parenté avec n’importe quel individu présent dans la base.

Disponible maintenant sur smartphone , l’application appelée ÍslendigaApp a une utilisation récréative mais pas seulement. Les 2/3 des Islandais maintenant enregistrés cherchent à savoir si leur voisin, leur patron, leur collègue de travail est un parent, mais aussi si leur nouvelle relation amoureuse est un cousin ou une cousine. En effet dans un pays de seulement 320 000 habitants, qui plus est insulaire, le risque de consanguinité est non-négligeable. En Islande, en moyenne deux personnes sont parentes au 7e degré. Les Islandais évitent les mariages au 2e degré (cousins germains)  et essayent autant que possible d’éviter aussi ceux au 3e degré (cousins issus de germains). Ainsi grâce à cette application deux personnes peuvent vérifier leurs liens de parenté en entrechoquant leur téléphone et avec la fonction « bump » une alarme s’active s’ils sont parents trop proches.  Un des slogans publicitaires pour l’application est explicite « Cognez vos téléphones avant de vous cogner dans le lit ». En effet, légende ou réalité, il semble que nombre d’histoires circulent dans lesquelles deux personnes ayant eu une relation intime ont découvert à l’occasion d’un évènement familial qu’ils étaient proches cousins.

L’Íslendingabók a donc reçu un accueil majoritairement favorable dans la population qui y adhère massivement.

Quand on y réfléchit, les bases de données collaboratives comme Généanet permettent aussi de rechercher des cousins, à la différence près (et elle est importante) que l’accès aux données des contemporains est généralement masqué.

Sources : Site web Íslendingabók ; Chris Gayomali, « At last! An app that tells you if you’re about to hook up with your cousin », The Week, Jan 2015 ; Wikipedia ; Sigurðardóttir et al., Le taux de mutation dans la région de contrôle de l’ADNmt humain , Am. J. Hum. Genet. 66 : 1599-1609, 2000 ; Helgason et coll. Une analyse coalescente à l’échelle de la population des généalogies matrilinéaires et patrilinéaires islandaises : preuves d’un taux d’évolution plus rapide des lignées d’ADNmt que les chromosomes Y , Am. J. Hum. Genet. 72 : 1370-1388, 2003, site Facebook Íslendingabók; photo Jonathan Ybema sur Unsplash

11 pistes pour retrouver une date de décès 

Vous avez la date de naissance et la date de mariage de votre ancêtre et maintenant vous cherchez sa date de décès. Parfois c’est vite trouvé car la date de décès est indiquée en mention marginale de l’acte de naissance, mais si ce n’est pas le cas comment faire ?

1. Chercher sur des bases de données collaboratives si quelqu’un n’a pas déjà cherché et trouvé l’information. Vous pouvez consulter notamment Geneanet ou Filae. Attention il faut absolument contrôler l’information si vous la trouvez car il y a beaucoup d’erreurs sur ces arbres en ligne.

2. Si vous ne trouvez pas ce que vous cherchez, le plus logique et le plus rapide est de chercher dans les tables décennales de la commune de résidence de la personne.

3. Toujours rien ? Si votre ancêtre se prénomme Jean Pierre ? Avez-vous aussi contrôlé les décès des Jean, des Pierre et aussi de son surnom s’il se faisait appeler Arnaud par exemple ? Et attention à l’orthographe des noms de famille parfois aléatoire et pour les femmes elles sont parfois listées sous le nom de leur mari au lieu de leur nom de naissance !

4. Si vous ne disposez pas de tables décennales, alors mieux vaut essayer d’estimer la date de décès avant de passer en revue tous les registres sur 10 ou 20 ans ! Pour cela il faut regarder l’acte de décès du conjoint car il mentionne si la personne est mariée ou veuve. Vous pouvez aussi chercher dans les actes de mariage des enfants car vous trouverez parfois la date cherchée ou au moins si le parent est encore vivant ou décédé à cette date. Vous pouvez aussi consulter les actes de mariage des frères et sœurs au cas où il aurait été témoin (donc vivant à cette date) ou encore les actes de baptêmes des neveux et nièces car il était peut-être parrain ou marraine.

5. Peut-être que votre ancêtre n’est pas mort dans son village ! Si c’est un homme il faut consulter sa fiche de matricule militaire car la date de décès y est parfois indiquée. Il est peut-être mort à la guerre ?

sur le site Mémoire des Hommes

  • Né fin XVIIIe siècle : votre ancêtre a peut -être été un soldat napoléonien
  • Né fin XIXe siècle : votre ancêtre a sans doute été engagé dans la première guerre mondiale
  • Né début XXe siècle : votre ancêtre a sans doute été engagé dans la seconde guerre mondiale.

Il faut consulter le site Mémoire des hommes qui recense les morts au combat. Vous y trouverez les dates et lieux de décès. Ceci-dit, ces décès sont souvent transcrits à l’état civil de la commune de résidence du soldat décédé. En plus des décédés lors des conflits armés, ce site renferme quelques autres bases utiles comme les morts en déportation ou des passagers de bateaux.

6. Votre ancêtre veuf et âgé est peut-être allé finir sa vie auprès de l’un de ses enfants ou à l’hospice de la ville la plus proche ? A contrôler…

7. Le décès est trop récent et les registres et tables ne sont pas en ligne ? Si votre ancêtre est décédé après 1970, vous trouverez les informations que vous cherchez sur la base des décès de l’INSEE sur le site matchID par exemple.

8. Pas de chance ! la personne est certainement morte dans les années 1940-1950. Si les tables de successions et absences sont en ligne sur le site des archives départementales qui vous intéresse, vous trouverez certainement votre information car les décès y sont listés par ordre alphabétique et chronologique dans les bureaux d’enregistrement auxquels sont rattachés les communes. Sinon il faudra vous déplacer aux archives départementales pour consulter l’état civil du début du XXe siècle et/ou ces fameuses tables de successions et absences.

TSA, AD36, St Gaultier, 3Q2914

9. Avez-vous pensé à consulter la presse ancienne ? Sur les sites de Retronews, Gallica ou la bibliothèque de Geneanet par exemple, on peut retrouver des avis de décès parus dans les journaux locaux.

Avis de décès, Le Petit Provencal , 9 septembre 1932 sur Retronews.fr

10. Une petite visite au cimetière pourrait vous aider ! Avant de vous déplacer, il convient de consulter les registres d’inhumations en ligne des cimetières parisiens sur Filae, la base de données des cimetières sur Genenanet ou effectuer une recherche sur Cim-GenWeb. Ces bases sont incomplètes mais peuvent être utiles.

11. Votre ancêtre a tout plaqué, est parti à l’étranger et est sans doute mort là-bas. Le site FamilySearch vous permet de consulter les migrants arrivés aux Etats-Unis par bateau. Il y a 3 bases : NY Castle Garden (1820-1891), NY Ellis Island (1892-1924) et New-York (1925-1957). Vous pouvez chercher aussi sur le site des ANOM un acte de décès survenu dans les colonies françaises ou au bagne.

Bon, décidément rien de rien ! cela arrive ! C’est très frustrant mais il faudra alors sans doute vous déplacer aux archives départementales pour avoir accès à d’autres documents comme des actes notariés pour espérer résoudre cette énigme et puis il faut aussi savoir parfois renoncer.

Note : certains sites mentionnés sont en accès libre tandis que d’autres nécessitent une inscription gratuite ou payante pour être consultés.

Sources: photographie de cimetière par JF Martin sur Unsplash.

À quel âge mourraient nos ancêtres?

En France, l’espérance de vie en 2024 est d’après l’INED1 (Institut National d’Études Démographiques) de 80 ans pour les hommes et de 85,7 ans pour les femmes. Bien sûr on était bien loin d’arriver à ces âges-là pendant les siècles précédents. L’INED a édité le graphique suivant, représentant l’évolution de l’espérance de vie depuis 1740.

Pour les hommes, on distingue bien les creux en raison des morts prématurées lors des conflits armés. On observe que l’espérance de vie des femmes commence à dépasser significativement celle des hommes vers 1880. D’ailleurs en étudiant mon arbre hébérgé sur Généanet (17 000 personnes environ), l’espérance de vie des hommes dépasse celle des femmes jusqu’en 1780 environ, puis à partir de cette date cela s’inverse, en raison sans doute des progrès sanitaIres au cours des accouchements.

Au milieu du XVIIIe siècle on voit que l’espérance de vie était d’environ 25 ans. Ce chiffre cache en fait des disparités importantes car la moitié des enfants mourraient avant l’âge de 10 ans. Au début du XIXe siècle on constate une augmentation significative de l’espérance de vie (vers 40 ans) en raison de la vaccination anti variolique, puis à partir du XXe siècle et l’arrivée des antibiotiques, la croissance est rapide .

Dans son article2 Serge Bouvart relate comment Léonbon Pataux curé de Saint-Quentin-la-Chabanne dans la Creuse a méthodiquement noté les âges de décès de ses paroissiens ainsi que les raisons de leur mort, entre octobre 1862 et mars 1885 :

Décès de la naissance à 1 an : décès de 49 enfants (sur 617 naissances que j’ai pu décompter dans les registres paroissiaux). La mortalité des moins de 1 an est donc d’environ 8%. A titre de comparaison elle est actuellement de 0,37% .

  • 15 enfants mort-nés dont 2 jumeaux, 1 enfant né avant terme, 1 enfant dit « issu de cousins germains »
  • 10 enfants morts avant 30 jours, d’anémie , de faible constitution ou syphilis congénitale.
  • 24 enfants morts entre 1 mois et 1 an d’anémie, diphtérie (croup), coqueluche, variole, convulsions, catarrhe (en fait peut-être dû à une grippe, rougeole, ou pneumonie..)
Portrait d’un enfant mort, anonyme, vers 1850, MBA Besançon

Décès de 1 an à 10 ans : 68 enfants le plus souvent de diphtérie ou de convulsions. Ensuite on trouve anémie, rachitisme, phtisie (tuberculose), typhoïde et 2 accidents (un brûlé et un écrasé par une voiture à cheval).

Les décès de la classe d’âge de 0 à 10 ans représentent tout de même presque 20% des décès.

Décès de 11 ans à 20 ans : 17 enfants, et la moitié des décès sont des cas de tuberculose. De plus on trouve 1 variole, 1 anémie (enfant issu de germains), 1 méningite, 1 typhoïde, 1 dysenterie, 1 congestion cérébrale. A noter aussi le décès d’un enfant de 13 ans, tuilier, mort d’épuisement au travail !

De 21 ans à 60 ans : 154 décès dont 1/3 de tuberculose. 8 femmes meurent en couches ou de suites de couches. Ensuite dans l’ordre décroissant, on a les cas de 6 varioles, 5 cancers, 5 épuisements !, 3 syphilis, 4 maladies du cœur, 3 gastroentérites, 3 choléras, 3 typhoïdes, 3 « retours d’âge » (chez les femmes) ??!, 2 accidents, 2 alcoolismes, 1 mort violente, 1 strangulation et 1 empoisonnement par champignons.

Plus de 60 ans : 251 décès dont 1/3 dus à la « vieillesse » ou « l’épuisement », suivi par l’hydropisie (due à une insuffisance cardiaque ou rénale), pneumonies, fièvres diverses et une victime d’ un taureau furieux !

Le curé ne mentionne que 2 personnes séniles. La personne la plus âgée de cette liste avait 99 ans tout de même ! A condition de passer le cap des 10 ans et d’éviter la variole et la tuberculose, on pouvait finalement espérer atteindre la soixantaine.

L’arrivée des antibiotiques dans la première partie du XXe siècle additionné d’un traitement spécifique contre la tuberculose, l’avènement de la médecine préventive ainsi que l’évolution des conditions de vie nous permettent maintenant d’espérer vivre jusqu’à presque 100 ans.

Sources : 1-INED. Institut National d’Etudes Démographiques sur ined.fr ; 2-Bouvart Serge, De quoi mourraient nos ancêtres au XIXe siècle à la campagne, sur histoire-genealogie.com 3- Enterrement d’un enfant de Albert Anker, MBA d’Argovie.

La cuisine du XIXe siècle selon Jules Gouffé

En vagabondant sur Gallica, je suis tombée un peu par hasard sur le livre de cuisine de Jules Gouffé (1807-1877), intitulé « La cuisine de ménage et la grande cuisine » publié chez Hachette en 1902. Dans un impressionnant volume de plus de 800 pages, Jules Gouffé explique tout sur la cuisine. Il commence ses explications par comment doit être une cuisine, propre et dégagée, nous donne la liste des ustensiles utiles à avoir et fournit le dessin du fourneau idéal.

Il donne ses conseils pour faire son marché de manière avisée : « Assurez-vous d’abord du cours des denrées pour toutes vos acquisitions, ce qui vous sera toujours facile en interrogeant plusieurs étalages avant de vous décider à acheter définitivement. N’ayez jamais de marchand précisément attitré ; ne donnez votre confiance à personne d’une façon absolue ; rapportez-vous-en bien plutôt à votre discernement et à votre propre examen qu’aux paroles du marchand, même le plus digne de foi.

Lorsqu’une pièce vous est recommandée avec une insistance particulière, tenez-vous doublement sur vos gardes : il est bien peu d’industriels qui résistent à la tentation d’écouler quand même le poisson, le gibier, la viande d’une fraîcheur douteuse.

Soyez convenable et poli avec tous les marchands, mais sans jamais vous lier précisément avec aucun d’entre eux . Il est bien rare que trop d’intimité n’engendre pas à la longue certains abus , qui sont toujours au préjudice de l’acheteur. »

Il précise comment choisir des ingrédients de qualité: « pour le bœuf attachez-vous à une viande d’un ton amarante très vif ; que la graisse soit d’un jaune très clair, rappelant la nuance du beurre très fin ; qu’elle soit dure et résistante sous le doigt ; la graisse molle peu abondante ; la teinte brune et la teinte livide sont les indices infaillibles d’un boeuf de qualité inférieure.(…) Pour le veau, choisissez toujours la chair bien blanche : que la graisse soit également très blanche et bien transparente. » Pour le choix du poisson, « on reconnaît un poisson frais à la rougeur de ses ouïes, au brillant de l’œil et à la fermeté des chaires. L’odeur ne suffit pas pour constater la fraîcheur ou la qualité d’un poisson ; il peut être ce que nous appelons usé sur la glace, sans avoir pour cela de mauvaise odeur appréciable ; sa chair dans ce cas-là, est terne et molle et il faut bien se garder de l’employer. »

Et voici donc une recette de poisson comme on n’en voit plus de nos jours : le saumon à la Chambord

Ayez un saumon pour grosse pièce, que vous videz, lavez, essuyez, et dont vous ficelez la tête ; Mettez-le dans la poissonnière munie de sa grille ; mouillez avec la mirapoix et couvrez-le avec une feuille de papier beurré; Faîtes-le bouillir et, au premier bouillon, mettez-le à mijoter à feu doux pendant une heure ; Faîtes un ragout avec quenelles de brochet, laitances de carpes, champignons et truffes ; Préparez pour garniture 24 laitances de carpe, 13 grosses truffes et 8 grosses quenelles de farce de brochet ; Saucez le ragoût avec espagnole maigre réduite aux essences de truffes et champignons ; Faîtes un socle de riz dans le fond du plat de 5 centimètres de haut et plus petit que le poisson de 4 centimètres ; Egouttez le saumon; Enlevez la peau de dessus ; Épongez-le et glacez-le à la glace de poisson (fumet de poisson réduit); Préparez 4 filets de soles contisés, fixez-les avec un peu de farce de brochet sur le saumon, depuis les ouïes jusqu’à la queue, en les disposant à égale distance les uns des autres ; Couvrez les filets de soles avec du papier beurré ; Mettez au four le saumon pour faire cuire les filets ; Lorsqu’ils sont cuits, retirez le papier beurré et placez le saumon sur le socle de riz ; Versez le ragoût dans le fond du plat ; Posez autour du socle, de manière à le masquer, 4 bouquets de laitance, les 8 grosses quenelles, 8 écrevisses et 8 truffes ; Faîtes 5 hâtelets avec écrevisses et truffes, et paupiettes de soles décorées ; piquez-les sur le saumon ; Servez avec une sauce espagnole maigre à part. »

Et pour le fun, si vous avez une grosse réception à organiser, voici un menu pour 7000 personnes ! Bon appétit…

Sources : gallica.bnf.fr, BnF. Gouffé, Jules, Le livre de cuisine : la cuisine de ménage et la grande cuisine, Ed. Hachette, paris, 1902.

Il y a 100 ans, les JO de Paris 1924

Il y a 100 ans se sont tenus à Paris les Jeux Olympiques de la VIIIe Olympiade, du 4 mai 1924 au 27 juillet 1924. Enfin pas tout à fait à Paris puisque le stade et le village olympique étaient installés à Colombes, à l’époque banlieue ouvrière aux portes de Paris. Cet évènement a fait l’objet de nombreuses discussions et en premier lieu concernant le choix de l’emplacement du stade olympique. Les études ont porté sur trois hypothèses de travail :

  1. Installation du stade olympique au Parc des Princes au sud-ouest de Paris
  2. Installation du stade olympique au stade Pershing (Paris XIIe) au sud-est de Paris
  3. Installation du stade olympique au stade de Colombes au nord-ouest de Paris.

Les discussions ont été tellement difficiles que deux ans avant l’ouverture des JO, aucune décision n’était encore prise, à tel point que l’on commençait à douter de la capacité de la France à organiser ces jeux. La ville de Paris refusant de financer les travaux de rénovation du Parc des Princes et sous l’impulsion du maire, le choix s’est finalement porté sur la ville de Colombes avec le premier projet exposé ci-dessous.

Vue rapprochée du projet. Archives de Paris- VR157
Vue élargie du projet-Archives de Paris-VR157

Le projet était accompagné d’un plan de transports et la desserte de ce site prévoyait :

  • Des tramways avec la création de nouvelles artères comme celle dessinée en rouge de Colombes à Charlebourg, mais qui ne s’est finalement pas faite.
  • Des omnibus avec une voie dédiée en vert depuis la Porte de Champerret et un grand parking en rouge à l’est du stade.
  • Des bateaux avec un appontement à proximité du stade et du pont Neuf d’Argenteuil.
  • Des parkings pour les voitures au nord et à l’ouest du complexe sportif.

Un nouveau stade d’une capacité de 60 000 places a été construit par l’architecte Louis Faure-Dujarric pour remplacer celui existant. Le projet prévoyait également la construction sur le site, d’un village olympique pour loger les athlètes, ce qui était totalement nouveau. Ce village proposait tout le confort moderne de l’époque avec des chambres à 3 lits, l’eau courante, des salles de restaurant, un service de blanchissage, une poste, un kiosque à journaux et même un coiffeur. Le village sera démonté après les jeux.

Le 5 juillet 1924 la cérémonie d’ouverture présidée par Gaston Doumergue se tient au stade de Colombes avec 44 délégations défilant par ordre alphabétique, comprenant un total de 3089 athlètes dont seulement 135 femmes! Les épreuves ont en fait démarré depuis le mois de mai mais cette cérémonie marque le début des épreuves reines d’athlétisme.

Ouverture JO 1924 à Colombes-CIO
  • Site de Colombes : en plus de l’athlétisme, se sont aussi déroulées d’autres épreuves comme celles du tennis, de la gymnastique, quelques épreuves d’équitation, le sabre et l’épée pour l’escrime, la finale du football et le rugby à XV.
  • Piscine des Tourelles : initialement prévues à Colombes, les épreuves de natation se sont finalement déroulées à la piscine des Tourelles dans le 20e arrondissement de Paris (piscine Georges Valleray).

Johnny Weissmuller fut la vedette de ces épreuves de natation en remportant 4 médailles, 3 d’or au 100m, 400m et 4x200m nage libre et une médaille de bronze au water-polo.

Départ de la finale du 100m nage libre-Archives de Paris
  • Vélodrome d’hiver (Paris XVe) : boxe, lutte, haltérophilie et les épreuves de fleuret pour l’escrime.
  • Stade Bergeyre (Paris XIXe) : matchs de qualification de football.
  • Stade Pershing : matchs de qualification de football
  • Stade de Paris-St Ouen : matchs de qualification de football
  • Vélodrome de La Cipale (bois de Vincennes) : cyclisme sur piste
  • Hippodrome d’Auteuil : épreuves équestres
  • Saint-Cloud : polo à cheval
  • Bassin d’Argenteuil : aviron
  • Paris 16e, quai St Exupéry : démonstration de pelote basque
  • Versailles : tir de chasse (cerf)
  • Issyles-Moulineaux : tir de chasse (pigeon)
  • Les Mureaux, Meulan et le Havre : voile

La France finit 3e au tableau des médailles après les États-Unis et la Finlande. Les stars de ces JO ont été les finlandais « volants » Paavo Nurmi et Ville Ritola sur les courses de demi-fond, le français Roger Ducret avec cinq médailles dont trois d’or en escrime et bien sûr Johnny Weissmuller. Ce dernier incarna ensuite dans plusieurs films au cinéma le personnage de Tarzan et devint une star hollywoodienne.

Dans les noms de sportifs français qui sont restés dans nos mémoires, on retrouve pour le tennis Henri Cochet qui a gagné une médaille d’argent en simple messieurs et le duo Jean Borotra et René Lacoste qui ont remporté celle de bronze en double messieurs. Ces jeux 1924 furent finalement un succès et le clin d’œil de l’histoire est que Le stade de Colombes, maintenant appelé stade Yves du Manoir, est le seul site olympique qui va être resollicité (après travaux) pour les JO de Paris 2024, puisque y sont programmées les épreuves de hockey sur gazon

Sources:

Archives de Paris Jeux olympiques de 1924 à Paris sur archives.paris.fr; Blog « En 1924, rendez-vous aux stades » par Gilles Kremer sur gallica.bnf.fr; Colombes, ma ville site colombes.multicollection.fr

Recherches généalogiques en Italie

Retour d’expérience.

Nous sommes nombreux à avoir des ancêtres italiens mais malheureusement les ressources disponibles en ligne sont bien moins importantes et organisées qu’en France. Néanmoins les choses évoluent. Alors voyons ce qu’il est possible de trouver.

Il est d’abord nécessaire de faire un bref rappel historique car l’Italie telle que nous la connaissons date de 1861 ! Auparavant le territoire était composé de duchés, royaumes et petits états. En conséquence la mise en place de l’état civil date seulement de 1866 et même un peu plus tard pour quelques régions.

L’Italie vers 1853

La division du territoire se fait maintenant par région-province-commune. Ex : Région du Piémont (Piemonte)- Province de Turin (Torino)- commune de Cavour.

Avant toute chose, il est important de récupérer toutes les informations possibles sur votre ancêtre italien que ce soit sur un acte de l’état civil français ou une naturalisation, et pensez à traduire en italien ! Joseph c’est Giuseppe, et Vintimille c’est Ventimiglia… Attention, lors de la transcription des noms de lieux, il y a parfois de grosses approximations dans l’orthographe lors de la francisation. Google est alors votre meilleur ami pour tenter de retrouver le nom correct de la commune en italien.

Avant l’unification italienne :

A distance vous pouvez essayer de trouver quelque chose sur le site https://antenati.cultura.gov.it/ dont je parle plus précisément un peu plus loin, mais il y a encore relativement peu de registres paroissiaux en ligne. Vous pouvez aussi aller faire un tour sur le site des archives diocésaines de la région qui vous intéresse, car certaines comme celles de la « reggio Calabria-Bova » sont accessibles en ligne.

Vous pouvez aussi chercher sur le site Family Search, https://www.familysearch.org/fr/ , le site des mormons, qui a numérisé un grand nombre de registres paroissiaux dans le monde entier. Vous y trouverez peut-être les informations que vous cherchez.

Si vous ne trouvez pas, alors il va falloir écrire par email en italien aux archives diocésaines. Si vous avez un acte avec une date précise vous pouvez essayer de demander une réponse par email, mais si vous voulez faire de larges recherches, il faudra vous déplacer. Ils vous indiqueront le cas échéant les coordonnées de la paroisse à consulter. Il faut préciser les noms, prénoms en italien, ainsi que les noms- prénoms des parents, mentionner que c’est pour une recherche historique, ou pour demander la nationalité italienne (et non pour une recherche généalogique car il paraît que c’est mal vu), et joindre une copie de votre carte d’identité. Si vous devez vous déplacer, demander quand il est possible de consulter les archives, et à quelles conditions (parfois on vous demandera une participation financière). Une fois sur place, profitez-en pour demander à consulter le « Stato delle anime » qui correspond au recensement à cette époque.

Pour avoir la liste des archives diocésaines, leurs sites web et leurs coordonnées : https://www.chiesacattolica.it/annuario-cei/regioni-diocesi-e-parrocchie

Cas particuliers : pour certaines régions, on peut commencer à trouver des actes d’état civil à partir de 1804. Le site web à consulter est de nouveau: https://antenati.cultura.gov.it . Pour les provinces concernées, on y trouve des registres numérisés de l’état civil napoléonien (Stato civile Napoleonico) (1804-1814) et de l’état civil de la restauration (Stato civile della Restaurazione) (1815-1865).

A noter aussi pour quelques communes de Ligurie, maintenant italiennes, mais qui ont été françaises, on peut consulter le site des archives départementales des Alpes-Maritimes https://www.departement06.fr/archives-departementales/outils-de-recherche-et-archives-numerisees-2895.html . Dans la rubrique, « Généalogie » et « Etat civil », au lieu de remplir un nom précis de commune, vous tapez « communes liguriennes ». Vous accéderez ainsi aux registres des quelques communes concernées entre 1793 et 1813.

Après l’unification italienne :

Pour les actes de l’état civil italien (Stato civile italiano), il faut consulter le site nommé précédemment : https://antenati.cultura.gov.it

Vous n’y trouverez pas tout, mais le site s’enrichit très régulièrement avec de nouvelles numérisations de registres. Avantage non négligeable, vous pouvez maintenant basculer le site en version française. Il suffit de remplir le nom de la ville (en italien) et d’indiquer éventuellement vos dates et types de registres que vous souhaitez consulter.

Il est possible d’effectuer une recherche par nom mais personnellement cela ne m’a renvoyé aucun résultat alors que j’ai trouvé des actes en recherchant par commune

Si le registre que vous souhaitez n’est pas numérisé alors il faudra envoyer un email, toujours en italien, à la commune concernée. Pour trouver les coordonnées, tapez dans votre moteur de recherche le « nom de la commune » et « ufficio di stato civile ». Dans les résultats proposés, vous devriez avoir le site de la commune et directement la page avec les contacts et l’adresse email pertinente (ne pas utiliser les adresses email en PEC).

Comme précédemment il faut bien indiquer tous les détails : nom, prénom, filiation, date, motif de la demande (pas généalogie), envoyer une copie de votre carte d’identité et vos coordonnées pour la réponse et demander une « copia integrale ». Vous pouvez demander aussi une copie de page des recensements « Registri di popolazione ». Demander avant s’il y a des frais à prévoir !

N’allez pas en Mairie, vous ne pourrez pas consulter les registres sur place.

Pour les recherches notariales ou foncières je n’ai pas encore testé, mais je pense qu’il faudra planifier quelques vacances en Italie pour aller aux archives de la province (Archivio di Stato) où ces types de documents sont apparemment conservés !

Le saviez-vous ? Si vous avez un ancêtre italien, vous pouvez peut-être demander la nationalité italienne !

Bon, si je me réfère aux indications du Consulat d’Italie à Paris, il y a quelques conditions tout de même : démontrer que vous avez un ancêtre italien bien sûr mais aussi démontrer l’absence d’interruption de la nationalité de l’ancêtre. Si l’ancêtre a été naturalisé français sur sa demande, il doit l’avoir été après la minorité du descendant successif. Et si votre ancêtre est une femme, il faut savoir qu’avant 1948, une femme italienne qui se mariait avec un Français perdait sa nationalité. 

Quelques autres sites utiles à connaître :

Geneanet : le forum « Italie » https://www.geneanet.org/forum/viewforum.php?f=76

Mes racines en Vénétie : un site avec énormément d’informations et de liens utiles https://www.venarbol.net

Wiki GenWeb : Recherches en Italie- avec des modèles de lettres en italien https://www.francegenweb.org/wiki/index.php?title=Recherches_g%C3%A9n%C3%A9alogiques_en_Italie

DeepL : pour les traductions https://www.deepl.com/fr/translator

Un changement de nom: et si la tour ne s’était pas appelée Eiffel….

Alexandre Gustave Bonickhausen dit Eiffel naît à Dijon le 15 décembre 1832 de François Alexandre Bonickhausen dit Eiffel et de Catherine Moneuse son épouse. Wilhelm Heinrich Bonickhausen originaire de Marmagen-Nettersheim en Allemagne, avait migré en France au début du XVIIIe siècle et c’est sur son acte de décès à St Valéry-sur-Somme en 1734 que se trouve pour La première fois le surnom de Eiffel, probablement en référence à cette région d’Eifel à l’ouest de l’Allemagne.

Acte de naissance de G Eiffel. AD21, Dijon, 1832, FRAD2021 EC239 280

Le petit Gustave grandit à Dijon, entame des études d’ingénieur et devient un industriel. Mais bientôt ce nom à consonance étrangère commence à lui porter préjudice d’autant plus que la guerre de 1870-1871 a exacerbé le sentiment anti-allemand. Le 13 mars 1877 paraît au J.O et dans Le Droit, journal des tribunaux de la jurisprudence et de la législation, la demande officielle de changement de nom pour Gustave et ses enfants.

Le Droit, 12-13 mars 1877 sur Retronews

Il écrit une lettre circonstanciée au Garde des Sceaux, Louis Martel pour justifier sa demande

Extraits:

« (…)

Le véritable intérêt, celui qui vous paraîtra décisif, Monsieur le Ministre, c’est que ce nom de Bonickhausen a une consonance allemande qui inspire doutes sur ma nationalité française, et ce simple doute est de nature à me causer soit individuellement, soit commercialement, le plus grand préjudice. Depuis la dernière guerre, les sentiments d’antipathie contre les Allemands, qui sont nés de ces douloureux évènements de 1870-1871, ont eu vous le savez pour résultat de mettre en suspicion les étrangers de cette nationalité ; si bien qu’on hésite à confier un travail ou à faire des commandes à un Allemand. Il y a plus, nous sommes si près de ces temps malheureux que c’est encore aujourd’hui une injure à lancer à la face d’un individu que de l’appeler Prussien.

(…)

Depuis la guerre, à plusieurs reprises, des ouvriers, des employés congédiés, ont essayé de faire circuler des bruits graves sur ma nationalité. On a répandu des bruits parmi les électeurs de Levallois dans le but d’empêcher mon élection comme conseiller municipal de cette commune, on a cherché à accréditer ces mêmes bruits parmi mes ouvriers afin de les amener à quitter mes ateliers ; et tout cela parce qu’on avait trouvé dans des actes publics cette dénomination de consonance toute germanique que je semble dissimuler sous un nom d’emprunt. Les choses en sont venues à ce point que j’ai dû en 1876, actionner devant le Tribunal correctionnel de la Seine au s[ieu}r Petit Girard qui, dans un libellé répandu à profusion m’avait accusé d’être Prussien et d’être un espion à la solde de la Prusse. Le Tribunal, par jugement du 31 mars 1876, maintenu sur opposition, a condamné cet individu à 2 mois d’emprisonnement et à 100 F d’amende.

(…)

Vous pourrez même remarquer, Monsieur le Ministre, que plusieurs fois dans le dispositif, le nom d’Eiffel se trouve seul mentionné.

Dans ces circonstances, il vous paraîtra sans doute urgent, Monsieur le Ministre, de faire choir à ma demande dans mon intérêt et dans celui de mes enfants. Je n’ai pas besoin de vous faire observer qu’à la différence de bien des sollicitations qui vous sont journellement adressées pour obtenir des changements de noms, ma demande n’est inspirée par aucun motif de vanité , je ne demande pas une particule, ni un nom nobiliaire, ni un titre, je ne réclame même pas un nom nouveau sous lequel je puisse dissimuler un passé que j’aurais des raisons de vouloir cacher, tout au contraire je demande à porter le seul nom sous lequel moi et ma famille nous sommes connus depuis plusieurs générations et qui n’est pas un nom d’emprunt ainsi que le démontrent les titres qui sont sous vos yeux. En réclamant la suppression d’un nom qui n’est plus usité, que tout le monde ignore et que je demande à changer pour m’affranchir des inconvénients que présente son analogie avec un nom trop particulièrement allemand, je crois obéir à un sentiment que vous approuverez. J’ajoute que personne ne songera certainement à former opposition à ma demande, personne n’y a le moindre intérêt.

En conséquence, et par ces motifs, j’ai l’honneur de solliciter l’autorisation de supprimer dans mon nom et dans celui de mes enfants, le nom de Bonickhausen et de porter à l’avenir, uniquement le nom de Eiffel.

(…)

G. Bonickhausen dit Eiffel

Le souhait de Gustave Eiffel a été exaucé. On voit annoté en mention marginale de son acte de naissance que le Tribunal de 1ere Instance de Dijon a entériné par jugement du 15 décembre 1880 le changement définitif de nom de Bonickhausen en Eiffel.

Zoom mention marginale acte de naissance G Eiffel

Sources: Archives départementales de Côte d’Or, AD21, Dijon, 1832, FRAD021 EC239 280, Retronews.fr, BnF Passerelles.

      

        

Un mariage doublement consanguin ! Louis XIV et Marie-Thérèse d’Autriche

Qu’est-ce qu’un mariage consanguin ?

C’est l’union de deux personnes ayant des liens de parenté proches comme, par exemple, des cousins germains. Avant la Révolution française, le droit qui s’applique est le droit canon.  Les mariages jusqu’au 4e degré de consanguinité (petits-enfants de cousins germains) sont interdits. Mais il est possible d’obtenir des dispenses accordées par le Pape pour celles au 2eme degré et par l’évêque pour celles au 3e et 4e degré.

Quels risques pour la progéniture ?

Le risque principalement reconnu est le risque génétique. Lorsque deux personnes partagent une ascendance commune, il existe une probabilité plus élevée, par rapport à deux individus sans lien génétique, qu’ils portent des mutations génétiques similaires. Pour les maladies génétiques récessives, il existe un risque accru que leur enfant hérite de deux copies du gène défectueux et soit donc atteint par cette maladie. En effet les maladies génétiques récessives nécessitent d’avoir les 2 copies du gène altérées, donc fort heureusement quand un gène défaillant est transmis, dans la majorité des cas l’autre gène vient compenser.

Voici ci-dessus l’illustration d’un mariage entre deux cousins germains d’une famille dans laquelle une anomalie génétique est présente, parfois sans même le savoir. Comme chaque individu hérite de son père une copie du gène et de sa mère une copie du même gène, dans ce cas de figure, on voit bien que statistiquement ¼ de leurs enfants seront malades, ½ de leurs enfants seront porteurs du gène défectueux mais non malades et ¼ de leurs enfants seront non malades et non porteurs. A titre d’exemples de maladies génétiques récessives on peut citer la mucoviscidose, la drépanocytose et certaines myopathies. Ces maladies peuvent néanmoins survenir chez des enfants dont les parents n’ont aucun lien de parenté. Il est également publié que la consanguinité favoriserait d’autres types de pathologies1.

Un mariage doublement consanguin

Louis XIV et Marie-Thérèse d’Autriche se marient le 9 juin 1660 à St Jean-de-Luz. Cette union est hautement politique et scelle l’alliance entre la France et l’Espagne. Elle est la conséquence du traité des Pyrénées signé fin 1659 et négocié par Mazarin pour en finir avec le conflit entre ces deux pays.

Mais il se trouve que Louis XIV et Marie-Thérèse d’Autriche sont doublement cousins germains !

Les enfants

De son union avec Marie-Thérèse d’Autriche, Louis XIV a eu six enfants dont cinq sont morts avant l’âge de quinze ans. Les historiens ne peuvent dire si la consanguinité a eu un impact sur le taux de décès important dans cette fratrie. (83%) On peut juste remarquer que ce taux est plus important que pour les enfants qu’il a eu avec la Duchesse de La Vallière (60% de décès) et pour ceux eus avec la Marquise de Montespan (50% de décès). On remarque au passage le taux de décès terriblement élevé des enfants à cette époque.

Des scientifiques se sont penchés sur la question et dans un article2 paru dans la revue « Immunoanalyse et Biologie spécialisée » en 2012, ils établissent que Louis XIV, lui-même, avait un coefficient de consanguinité élevé en raison de nombreuses unions entre parents parmi ses ancêtres, mais aussi que le taux de mortalité de ses enfants légitimes est statistiquement significativement plus élevé que ceux de ses enfants illégitimes.

La succession de Louis XIV a été compliquée avec le décès de son fils Louis à quarante-neuf ans en 1711 à cause de la variole, celui de son petit-fils Louis à vingt-neuf ans de maladie en 1712 et un mois plus tard celui de son premier arrière-petit-fils Louis aussi de maladie. En 1715, c’est finalement son autre arrière-petit-fils, âgé de cinq ans, qui lui succède sous le nom de Louis XV.

Sources :

  1. EL GOUNDALI K, BOUAB C, RIJQI l, CHEBABE M, HILALI A, « Les mariages consanguins et leurs effets sur les maladies non transmissibles dans la population marocaine : étude transversale », The Pan African Medical Journal, 2022, p 41-221
  2. DELACOUR H, CEPPA F, BURNAT P, « Louis XIV et Marie-Thérèse d’Autriche : un couple à travers le prisme de la génétique », Immunoanalyse et Biologie spécialisée, Vol 27, Issue 5, Octobre 2012, p272-275.
  3. Tableau du mariage de Louis XIV et Marie-Thérèse par Jacques Laumosnier. Musée de Tessé. Le Mans.

Céleste Albaret, mon arrière-grande-tante et gouvernante de Marcel Proust

Je crois que j’ai toujours su qu’il y avait eu dans notre famille une personne qui avait travaillé pour Marcel Proust. Mon cerveau d’enfant avait enregistré l’information même si j’ignorais à l’époque qui était cette personne et même qui était ce, semblait-il célèbre, Marcel Proust.

Alors lorsque quelques dizaines d’années plus tard j’ai entamé l’étude de ma généalogie familiale, je n’ai pas eu à chercher bien loin pour retrouver la trace de cette fameuse Céleste.

Céleste, ou plutôt Augustine Célestine Gineste, est née en 1891 à Auxillac en Lozère. Elle y passe une enfance heureuse avec ses parents, sa sœur et ses frères. Mais la vie est rude dans ce village de moyenne montagne de Lozère et les débouchés sont limités, alors bon nombre de jeunes gens montent à cette époque à Paris pour y chercher du travail. C’ est le cas d’Odilon Albaret jeune homme originaire du village voisin de la Canourgue que Céleste rencontre chez des cousins. Il est chauffeur de taxi à Paris. Ils se marient en 1913 et Céleste monte donc à la capitale, enfin à Levallois-Perret plus exactement.

Mais un des meilleurs clients d’ Odilon est Marcel Proust. Quand il a besoin de ses services, il le fait appeler à Levallois dans un café-tabac pourvu d’un téléphone, à côté du domicile d’Odilon et Céleste. Mais Céleste a du mal à s’habituer à la vie citadine et Odilon s’en étant épanché auprès de Marcel Proust, ce dernier propose à Céleste d’ effectuer les livraisons à quelques connaissances des premiers exemplaires dédicacés de « Du côté de chez Swann », afin de la distraire un peu. Et voilà donc comment tout a commencé !

En décembre 1913, la gouvernante en place chez Proust tombe malade et Céleste la remplace épisodiquement jusqu’à finalement prendre sa place en 1914. Odilon mobilisé, Céleste finit par s’installer au 102 Boulevard Haussmann à Paris, chez Marcel Proust pour assurer son service. Gouvernante, mais aussi confidente elle va accompagner la vie de l’ écrivain jusqu’à sa mort en 1922. Elle et sa sœur Marie lui auront aussi inspiré quelques personnages littéraires de son œuvre puisque deux femmes de chambres du Grand Hôtel de Balbec se nomment Céleste Albaret et Marie Gineste. Quant au personnage récurrent de Françoise dans « A la recherche du temps perdu » il serait très largement inspiré de Céleste.

Dédicace de Marcel Proust pour Céleste

Après le décès de Proust, Céleste et Odilon exploitent un hôtel rue des Canettes dans le sixième arrondissement de Paris jusqu’en 1954, puis assurent la garde de la maison de Maurice Ravel à Montfort l’Amaury dans les Yvelines.

Odilon s’éteint en 1960 tandis que Céleste décède à Méré dans les Yvelines, le 25 avril 1984. Agée de 82 ans, elle avait fini par accorder une série d’entretiens à Georges Belmont sur sa vie auprès du grand écrivain, entretiens qui conduiront à la parution du livre « Monsieur Proust ». C’ est de ce livre que sont extraits ces documents et informations. Mais pour ma plus grande joie, en plus d’ expliquer ce qu’était sa vie auprès de Proust, Céleste a également décrit de nombreux membres de la fratrie Albaret, qui depuis la Lozère, étaient montés à Paris pour travailler. C’est ainsi que j’ai appris que mon arrière-grand-père Edmond avait remplacé son frère Odilon, mobilisé en 1914, en tant que chauffeur de Marcel Proust, et que mon arrière-grand-mère Léontine avait remplacé Céleste auprès de Marcel Proust pendant son absence pour assister aux obsèques de sa mère en Lozère. De Jean Albaret le plus jeune frère d’ Odilon, qui tenait un commerce à l’angle de la rue Victoire et de la rue Laffite à Paris, mort tragiquement en 1915, à Adèle Albaret, l’ autoritaire sœur aînée, tenancière d’un café à la croisée de la rue Montmartre et de la rue Feydeau toujours à Paris, qui avait remplacé leur mère disparue trop tôt, elle a au travers de son récit, redonné vie à différents membres de ma famille que je n’ai jamais connu.

Bon, du coup j’ai acheté les 2 premiers tomes de « À la recherche du temps perdu »…

Sources : ALBARET Céleste, BELMONT Georges, Monsieur Proust, Paris, Ed. Robert Laffont, 1973.