Céleste Albaret, mon arrière-grande-tante et gouvernante de Marcel Proust

Je crois que j’ai toujours su qu’il y avait eu dans notre famille une personne qui avait travaillé pour Marcel Proust. Mon cerveau d’enfant avait enregistré l’information même si j’ignorais à l’époque qui était cette personne et même qui était ce, semblait-il célèbre, Marcel Proust.

Alors lorsque quelques dizaines d’années plus tard j’ai entamé l’étude de ma généalogie familiale, je n’ai pas eu à chercher bien loin pour retrouver la trace de cette fameuse Céleste.

Céleste, ou plutôt Augustine Célestine Gineste, est née en 1891 à Auxillac en Lozère. Elle y passe une enfance heureuse avec ses parents, sa sœur et ses frères. Mais la vie est rude dans ce village de moyenne montagne de Lozère et les débouchés sont limités, alors bon nombre de jeunes gens montent à cette époque à Paris pour y chercher du travail. C’ est le cas d’Odilon Albaret jeune homme originaire du village voisin de la Canourgue que Céleste rencontre chez des cousins. Il est chauffeur de taxi à Paris. Ils se marient en 1913 et Céleste monte donc à la capitale, enfin à Levallois-Perret plus exactement.

Mais un des meilleurs clients d’ Odilon est Marcel Proust. Quand il a besoin de ses services, il le fait appeler à Levallois dans un café-tabac pourvu d’un téléphone, à côté du domicile d’Odilon et Céleste. Mais Céleste a du mal à s’habituer à la vie citadine et Odilon s’en étant épanché auprès de Marcel Proust, ce dernier propose à Céleste d’ effectuer les livraisons à quelques connaissances des premiers exemplaires dédicacés de « Du côté de chez Swann », afin de la distraire un peu. Et voilà donc comment tout a commencé !

En décembre 1913, la gouvernante en place chez Proust tombe malade et Céleste la remplace épisodiquement jusqu’à finalement prendre sa place en 1914. Odilon mobilisé, Céleste finit par s’installer au 102 Boulevard Haussmann à Paris, chez Marcel Proust pour assurer son service. Gouvernante, mais aussi confidente elle va accompagner la vie de l’ écrivain jusqu’à sa mort en 1922. Elle et sa sœur Marie lui auront aussi inspiré quelques personnages littéraires de son œuvre puisque deux femmes de chambres du Grand Hôtel de Balbec se nomment Céleste Albaret et Marie Gineste. Quant au personnage récurrent de Françoise dans « A la recherche du temps perdu » il serait très largement inspiré de Céleste.

Dédicace de Marcel Proust pour Céleste

Après le décès de Proust, Céleste et Odilon exploitent un hôtel rue des Canettes dans le sixième arrondissement de Paris jusqu’en 1954, puis assurent la garde de la maison de Maurice Ravel à Montfort l’Amaury dans les Yvelines.

Odilon s’éteint en 1960 tandis que Céleste décède à Méré dans les Yvelines, le 25 avril 1984. Agée de 82 ans, elle avait fini par accorder une série d’entretiens à Georges Belmont sur sa vie auprès du grand écrivain, entretiens qui conduiront à la parution du livre « Monsieur Proust ». C’ est de ce livre que sont extraits ces documents et informations. Mais pour ma plus grande joie, en plus d’ expliquer ce qu’était sa vie auprès de Proust, Céleste a également décrit de nombreux membres de la fratrie Albaret, qui depuis la Lozère, étaient montés à Paris pour travailler. C’est ainsi que j’ai appris que mon arrière-grand-père Edmond avait remplacé son frère Odilon, mobilisé en 1914, en tant que chauffeur de Marcel Proust, et que mon arrière-grand-mère Léontine avait remplacé Céleste auprès de Marcel Proust pendant son absence pour assister aux obsèques de sa mère en Lozère. De Jean Albaret le plus jeune frère d’ Odilon, qui tenait un commerce à l’angle de la rue Victoire et de la rue Laffite à Paris, mort tragiquement en 1915, à Adèle Albaret, l’ autoritaire sœur aînée, tenancière d’un café à la croisée de la rue Montmartre et de la rue Feydeau toujours à Paris, qui avait remplacé leur mère disparue trop tôt, elle a au travers de son récit, redonné vie à différents membres de ma famille que je n’ai jamais connu.

Bon, du coup j’ai acheté les 2 premiers tomes de « À la recherche du temps perdu »…

Sources : ALBARET Céleste, BELMONT Georges, Monsieur Proust, Paris, Ed. Robert Laffont, 1973.