Qu’est-ce qu’un mariage consanguin ?
C’est l’union de deux personnes ayant des liens de parenté proches comme, par exemple, des cousins germains. Avant la Révolution française, le droit qui s’applique est le droit canon. Les mariages jusqu’au 4e degré de consanguinité (petits-enfants de cousins germains) sont interdits. Mais il est possible d’obtenir des dispenses accordées par le Pape pour celles au 2eme degré et par l’évêque pour celles au 3e et 4e degré.
Quels risques pour la progéniture ?
Le risque principalement reconnu est le risque génétique. Lorsque deux personnes partagent une ascendance commune, il existe une probabilité plus élevée, par rapport à deux individus sans lien génétique, qu’ils portent des mutations génétiques similaires. Pour les maladies génétiques récessives, il existe un risque accru que leur enfant hérite de deux copies du gène défectueux et soit donc atteint par cette maladie. En effet les maladies génétiques récessives nécessitent d’avoir les 2 copies du gène altérées, donc fort heureusement quand un gène défaillant est transmis, dans la majorité des cas l’autre gène vient compenser.
Voici ci-dessus l’illustration d’un mariage entre deux cousins germains d’une famille dans laquelle une anomalie génétique est présente, parfois sans même le savoir. Comme chaque individu hérite de son père une copie du gène et de sa mère une copie du même gène, dans ce cas de figure, on voit bien que statistiquement ¼ de leurs enfants seront malades, ½ de leurs enfants seront porteurs du gène défectueux mais non malades et ¼ de leurs enfants seront non malades et non porteurs. A titre d’exemples de maladies génétiques récessives on peut citer la mucoviscidose, la drépanocytose et certaines myopathies. Ces maladies peuvent néanmoins survenir chez des enfants dont les parents n’ont aucun lien de parenté. Il est également publié que la consanguinité favoriserait d’autres types de pathologies1.
Un mariage doublement consanguin
Louis XIV et Marie-Thérèse d’Autriche se marient le 9 juin 1660 à St Jean-de-Luz. Cette union est hautement politique et scelle l’alliance entre la France et l’Espagne. Elle est la conséquence du traité des Pyrénées signé fin 1659 et négocié par Mazarin pour en finir avec le conflit entre ces deux pays.
Mais il se trouve que Louis XIV et Marie-Thérèse d’Autriche sont doublement cousins germains !
Les enfants
De son union avec Marie-Thérèse d’Autriche, Louis XIV a eu six enfants dont cinq sont morts avant l’âge de quinze ans. Les historiens ne peuvent dire si la consanguinité a eu un impact sur le taux de décès important dans cette fratrie. (83%) On peut juste remarquer que ce taux est plus important que pour les enfants qu’il a eu avec la Duchesse de La Vallière (60% de décès) et pour ceux eus avec la Marquise de Montespan (50% de décès). On remarque au passage le taux de décès terriblement élevé des enfants à cette époque.
Des scientifiques se sont penchés sur la question et dans un article2 paru dans la revue « Immunoanalyse et Biologie spécialisée » en 2012, ils établissent que Louis XIV, lui-même, avait un coefficient de consanguinité élevé en raison de nombreuses unions entre parents parmi ses ancêtres, mais aussi que le taux de mortalité de ses enfants légitimes est statistiquement significativement plus élevé que ceux de ses enfants illégitimes.
La succession de Louis XIV a été compliquée avec le décès de son fils Louis à quarante-neuf ans en 1711 à cause de la variole, celui de son petit-fils Louis à vingt-neuf ans de maladie en 1712 et un mois plus tard celui de son premier arrière-petit-fils Louis aussi de maladie. En 1715, c’est finalement son autre arrière-petit-fils, âgé de cinq ans, qui lui succède sous le nom de Louis XV.
Sources :
- EL GOUNDALI K, BOUAB C, RIJQI l, CHEBABE M, HILALI A, « Les mariages consanguins et leurs effets sur les maladies non transmissibles dans la population marocaine : étude transversale », The Pan African Medical Journal, 2022, p 41-221
- DELACOUR H, CEPPA F, BURNAT P, « Louis XIV et Marie-Thérèse d’Autriche : un couple à travers le prisme de la génétique », Immunoanalyse et Biologie spécialisée, Vol 27, Issue 5, Octobre 2012, p272-275.
- Tableau du mariage de Louis XIV et Marie-Thérèse par Jacques Laumosnier. Musée de Tessé. Le Mans.
