Ficher généalogiquement tous les habitants d’un pays, impossible ? Pourtant l’Íslendingabók l’a fait !
Historique
C’est Friðrik Skúlason un informaticien féru de généalogie qui en 1988 commence à créer une base de données sur la généalogie islandaise. Il enregistre donc toutes les informations disponibles. En 1997 est signé un accord avec la société de biotechnologies deCode Genetics pour une accélération de la construction de cette base de données et son utilisation pour l’étude des maladies génétiques en partenariat avec les laboratoires Roche. Une licence exclusive est même signée avec le gouvernement islandais pour l’exploitation des archives médicales de la population conservées depuis 1915. Des protestations s’élevant, la Cour suprême d’Islande a fini par casser ce contrat entre deCode Genetics et les archives médicales nationales. La base de données généalogiques continue néanmoins de s’enrichir et en 2003 la base de données devient accessible gratuitement pour tous les Islandais. En seulement un mois, 1/3 des Islandais demandent un accès à l’Íslandingabók, nom de cette base dont la traduction est « le livre des Islandais » qui fait référence au livre écrit au XIIe siècle par Ari Þorgilsson sur les débuts de l’histoire de l’Islande.
Qu’y a-t-il dans cette base ?
Le plus incroyable est que cette base de données généalogiques remonterait à la première colonisation de l’Islande vers l’an 900. Il semble que les Islandais s’intéressent depuis longtemps à la généalogie et ont conservé de nombreuses traces et documents un peu comme pour nos lignées nobles. Les sources sont variées comme les recensements, registres paroissiaux, registre national, information des utilisateurs eux-mêmes…
La moitié de la population islandaise ayant vécu depuis le IXe siècle y serait répertoriée et 95% de celle ayant vécu à partir de 1703! Quant aux Islandais nés au XXe et XXIe siècles, la couverture est de 100% !
Pour chaque individu de la base, sont compilées les informations sur les parents, la fratrie, les conjoints et les enfants avec dates et lieux de naissance et décès.

Mais cette base est-elle vraiment fiable ? Des études scientifiques génétiques suggèrent que les lignées maternelles de la base sont précises à 99.3% tandis que le taux de fausse paternité serait de 1.49% par génération.
A quoi cela sert ?
Pour avoir accès à cette base il faut disposer d’un numéro national d’identité islandais. Chaque personne a accès aux informations concernant tous ses ancêtres, aux descendants de ses arrière-grands-parents et les données de toutes les personnes avant 1700. Il est possible de traquer une parenté avec n’importe quel individu présent dans la base.
Disponible maintenant sur smartphone , l’application appelée ÍslendigaApp a une utilisation récréative mais pas seulement. Les 2/3 des Islandais maintenant enregistrés cherchent à savoir si leur voisin, leur patron, leur collègue de travail est un parent, mais aussi si leur nouvelle relation amoureuse est un cousin ou une cousine. En effet dans un pays de seulement 320 000 habitants, qui plus est insulaire, le risque de consanguinité est non-négligeable. En Islande, en moyenne deux personnes sont parentes au 7e degré. Les Islandais évitent les mariages au 2e degré (cousins germains) et essayent autant que possible d’éviter aussi ceux au 3e degré (cousins issus de germains). Ainsi grâce à cette application deux personnes peuvent vérifier leurs liens de parenté en entrechoquant leur téléphone et avec la fonction « bump » une alarme s’active s’ils sont parents trop proches. Un des slogans publicitaires pour l’application est explicite « Cognez vos téléphones avant de vous cogner dans le lit ». En effet, légende ou réalité, il semble que nombre d’histoires circulent dans lesquelles deux personnes ayant eu une relation intime ont découvert à l’occasion d’un évènement familial qu’ils étaient proches cousins.


L’Íslendingabók a donc reçu un accueil majoritairement favorable dans la population qui y adhère massivement.
Quand on y réfléchit, les bases de données collaboratives comme Généanet permettent aussi de rechercher des cousins, à la différence près (et elle est importante) que l’accès aux données des contemporains est généralement masqué.
Sources : Site web Íslendingabók ; Chris Gayomali, « At last! An app that tells you if you’re about to hook up with your cousin », The Week, Jan 2015 ; Wikipedia ; Sigurðardóttir et al., Le taux de mutation dans la région de contrôle de l’ADNmt humain , Am. J. Hum. Genet. 66 : 1599-1609, 2000 ; Helgason et coll. Une analyse coalescente à l’échelle de la population des généalogies matrilinéaires et patrilinéaires islandaises : preuves d’un taux d’évolution plus rapide des lignées d’ADNmt que les chromosomes Y , Am. J. Hum. Genet. 72 : 1370-1388, 2003, site Facebook Íslendingabók; photo Jonathan Ybema sur Unsplash
