À quel âge mourraient nos ancêtres?

En France, l’espérance de vie en 2024 est d’après l’INED1 (Institut National d’Études Démographiques) de 80 ans pour les hommes et de 85,7 ans pour les femmes. Bien sûr on était bien loin d’arriver à ces âges-là pendant les siècles précédents. L’INED a édité le graphique suivant, représentant l’évolution de l’espérance de vie depuis 1740.

Pour les hommes, on distingue bien les creux en raison des morts prématurées lors des conflits armés. On observe que l’espérance de vie des femmes commence à dépasser significativement celle des hommes vers 1880. D’ailleurs en étudiant mon arbre hébérgé sur Généanet (17 000 personnes environ), l’espérance de vie des hommes dépasse celle des femmes jusqu’en 1780 environ, puis à partir de cette date cela s’inverse, en raison sans doute des progrès sanitaIres au cours des accouchements.

Au milieu du XVIIIe siècle on voit que l’espérance de vie était d’environ 25 ans. Ce chiffre cache en fait des disparités importantes car la moitié des enfants mourraient avant l’âge de 10 ans. Au début du XIXe siècle on constate une augmentation significative de l’espérance de vie (vers 40 ans) en raison de la vaccination anti variolique, puis à partir du XXe siècle et l’arrivée des antibiotiques, la croissance est rapide .

Dans son article2 Serge Bouvart relate comment Léonbon Pataux curé de Saint-Quentin-la-Chabanne dans la Creuse a méthodiquement noté les âges de décès de ses paroissiens ainsi que les raisons de leur mort, entre octobre 1862 et mars 1885 :

Décès de la naissance à 1 an : décès de 49 enfants (sur 617 naissances que j’ai pu décompter dans les registres paroissiaux). La mortalité des moins de 1 an est donc d’environ 8%. A titre de comparaison elle est actuellement de 0,37% .

  • 15 enfants mort-nés dont 2 jumeaux, 1 enfant né avant terme, 1 enfant dit « issu de cousins germains »
  • 10 enfants morts avant 30 jours, d’anémie , de faible constitution ou syphilis congénitale.
  • 24 enfants morts entre 1 mois et 1 an d’anémie, diphtérie (croup), coqueluche, variole, convulsions, catarrhe (en fait peut-être dû à une grippe, rougeole, ou pneumonie..)
Portrait d’un enfant mort, anonyme, vers 1850, MBA Besançon

Décès de 1 an à 10 ans : 68 enfants le plus souvent de diphtérie ou de convulsions. Ensuite on trouve anémie, rachitisme, phtisie (tuberculose), typhoïde et 2 accidents (un brûlé et un écrasé par une voiture à cheval).

Les décès de la classe d’âge de 0 à 10 ans représentent tout de même presque 20% des décès.

Décès de 11 ans à 20 ans : 17 enfants, et la moitié des décès sont des cas de tuberculose. De plus on trouve 1 variole, 1 anémie (enfant issu de germains), 1 méningite, 1 typhoïde, 1 dysenterie, 1 congestion cérébrale. A noter aussi le décès d’un enfant de 13 ans, tuilier, mort d’épuisement au travail !

De 21 ans à 60 ans : 154 décès dont 1/3 de tuberculose. 8 femmes meurent en couches ou de suites de couches. Ensuite dans l’ordre décroissant, on a les cas de 6 varioles, 5 cancers, 5 épuisements !, 3 syphilis, 4 maladies du cœur, 3 gastroentérites, 3 choléras, 3 typhoïdes, 3 « retours d’âge » (chez les femmes) ??!, 2 accidents, 2 alcoolismes, 1 mort violente, 1 strangulation et 1 empoisonnement par champignons.

Plus de 60 ans : 251 décès dont 1/3 dus à la « vieillesse » ou « l’épuisement », suivi par l’hydropisie (due à une insuffisance cardiaque ou rénale), pneumonies, fièvres diverses et une victime d’ un taureau furieux !

Le curé ne mentionne que 2 personnes séniles. La personne la plus âgée de cette liste avait 99 ans tout de même ! A condition de passer le cap des 10 ans et d’éviter la variole et la tuberculose, on pouvait finalement espérer atteindre la soixantaine.

L’arrivée des antibiotiques dans la première partie du XXe siècle additionné d’un traitement spécifique contre la tuberculose, l’avènement de la médecine préventive ainsi que l’évolution des conditions de vie nous permettent maintenant d’espérer vivre jusqu’à presque 100 ans.

Sources : 1-INED. Institut National d’Etudes Démographiques sur ined.fr ; 2-Bouvart Serge, De quoi mourraient nos ancêtres au XIXe siècle à la campagne, sur histoire-genealogie.com 3- Enterrement d’un enfant de Albert Anker, MBA d’Argovie.

En savoir plus sur MARQUET-TAULAIGO Etudes généalogiques

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture